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Benoît Landry : un sourd passionné par la technologie

Âgé de 39 ans, je suis sourd de naissance suite à une maladie que ma mère a contracté à trois mois de grossesse : la rubéole. C’est mon oncle qui, le premier, s’est douté de ma surdité. Afin de vérifier ses doutes, il avait soufflé sans un sac en papier qu’il a fait éclater. Son doute venait de se confirmer en me voyant continuer mes activités sans que je ne me retourne. Ma mère qui jouait du piano a dû elle aussi se rendre à l’évidence que je ne prenais aucun plaisir à ses mélodies. Comme pour tous les parents, ce fut un choc pour les miens. Après les vérifications d’usage au plan médical, on confirma ma surdité sans aucune atteinte au niveau cérébral. Ma mère fut soulagée, malgré tout, de savoir que mon intelligence n’était en aucune façon affectée. Bien sûr, à cette époque, les connaissances en matière de surdité étaient limitées et les gens souvent faisaient de faux liens entre la déficience auditive et la déficience intellectuelle.

Une des premières questions que mes parents se sont posée fut celle de ma scolarité. Dès l’âge de 4 ans, j’ai débuté la maternelle avec les Sœurs de La Providence qui, à l’époque, avaient la responsabilité de l’éducation des jeunes enfants sourds et des filles sourdes. À partir de la troisième année et ce, jusqu’à la septième année, je suis allé à l’Institut des Sourds de Montréal, dirigé par les Clercs de Saint-Viateur. Mon secondaire, de la première à la cinquième année, je l’ai fait à l’école Lucien-Pagé. À ce moment, l’éducation des sourds était transférée aux mains des commissions scolaires.

Durant mes années de scolarité, j’étais très actif et j’ai participé à une équipe de hockey avec des entendants de l’âge de 8 ans jusqu’à 12 ans. À cette même période, j’ai aussi été chef de groupe pour les Louveteaux. Par la suite, de 12 à 16 ans, j’ai fait du judo avec les entendants. De 16 ans jusqu’à 20 ans, j’ai fait parti d’une troupe folklorique avec des Sourds. Nous faisions régulièrement des représentations dans différents endroits comme au Complexe Desjardins, dans les hôpitaux, dans d’autres villes comme à Ottawa, etc. C’était très intéressant mais malheureusement, cette troupe là n’existe plus aujourd’hui.

Après mon secondaire, je suis allé travaillé. J’avais hâte d’être autonome et de m’acheter ce que je désirais. Entré sur le marché du travail, j’ai fait mille et un métiers; du chariot élévateur, j’ai été chef d’équipe dans une compagnie d’assemblage de matériel électronique en passant par la construction, la réparation et l’installation de piscines et l’enseignement auprès d’étudiants sourds. Mais dans tout cela, ma base et ma force ont été mon intérêt naturel pour tout ce qui touche l’électricité, l’électronique et la mécanique. Mon père n’exerçait pourtant pas un emploi manuel. Je n’ai donc pas été influencé de ce côté. Je ne sais trop d’où me vient cet intérêt mais dès mon jeune âge, je m’amusais à réparer ce que ma mère jetait à la poubelle quand cela ne fonctionnait plus; ce fut, en quelque sorte, ma propre école! Je me souviens, entre autres, avoir réparé une vieille montre grand-père, une cireuse à plancher ainsi que divers appareils ménagers.

C’est lors de mon emploi chez Phillips que mon intérêt pour l’électronique s’est transformé pour se diriger vers l’informatique. J’ai alors commencé une formation en micro informatique et quelques années plus tard en programmation et analyse pendant deux ans. Mais quelle ne fut pas ma déception lorsque pendant mes recherches d’emploi, on me répondait que je ne pouvais travailler dans mon domaine étant donné que je ne pouvais pas répondre au téléphone!! C’était pour moi très frustrant d’avoir étudié dans un domaine que j’aimais beaucoup et dans lequel je ne pouvais travailler. La compétition est forte et, en tant que personne sourde, je suis désavantagé par rapport aux entendants. De plus, malgré tous ces efforts, j’ai dû me rendre à l’évidence qu’un baccalauréat était souvent exigé. Je suis alors retourné aux études en informatique de gestion à l’Université du Québec à Montréal. Mais, pour des raisons personnelles, je n’ai malheureusement pu finir cette formation et après un an et demi, j’ai dû abandonner.

Aujourd’hui, j’ai deux beaux enfants, Isabelle 12 ans et Maxime 8 ans, tous deux entendants. Je travaille dans mon domaine mais dans un milieu adapté aux personnes sourdes. C’est en fait un milieu où mes collègues de travail sont Sourds. Les barrières de communication se trouvent donc inexistantes. De plus, je m’intéresse fortement à la télécommunication sans fil adaptée pour personnes sourdes. Il y a beaucoup de progrès dans ce domaine et je pense qu’il est important que les Sourds aient accès aussi à cette technologie. Les Sourds ne sont pas rébarbatifs à la nouvelle technologie. Au contraire, cela améliore nos possibilités de communication au quotidien. Naviguer sur Internet à partir d’un cellulaire, cela nous intéresse nous aussi.

Mon environnement me connaît donc pour mon intérêt dans tout ce qui touche l’électronique, l’informatique et la télécommunication. Ceux qui me connaissent moins bien m’appelle " le Sourd avec le chien " car on me voit fréquemment en compagnie de mon chien Caméo, un chien-guide pour Sourds.

 

Les chiens-guide pour aveugles sont connus de toute la population en général. Mais les chiens-guide pour Sourds…peu de gens connaissent. Il est arrivé que des propriétaires de restaurants ou de supermarchés aient refusé que mon chien m’accompagne. Ils craignent en fait que cela éloigne leur clientèle! Certains le permettent mais avec réticence en me demandant de cacher le chien sous la chaise! Je ne fais pas d’histoire avec cela et je leur montre un permis que j’ai toujours avec moi et qui explique que, selon la loi, tout comme les chiens-guide pour les aveugles, les chiens-guide pour sourds ont libre accès à tous les lieux publics : métro, centre d’achats, banques, restaurants, etc.

La présence de chiens-guide est plus populaire dans les autres provinces qu’au Québec. Lorsque j’ai eu mon chien, en 1995, j’étais le troisième au Québec et j’avais fait la demande en Ontario depuis déjà 1990. Le hasard a bien fait les choses car, quoique n’ayant pas le choix de la race de l’animal (je voulais un colley miniature), c’est exactement le chien que l’on m’a donné. Il avait été donné par une dame qui souffrait d’allergie et qui ne pouvait conserver son chien. Ce fut un bel hasard pour moi.

Les gens m’interrogent souvent sur l’utilité d’un tel chien. En fait, quand une personne sourde désire un chien-guide, elle inscrit dans sa demande ses besoins et le chien est alors élevé en fonction de votre demande. Par exemple, un chien-guide peut être élevé pour vous avertir lorsque votre bébé pleure, lorsque, en circulation, une personne klaxonne, lorsque le signal d’alarme de feu est déclenché, etc. Il peut aussi être élevé pour vous aviser que quelqu’un vous demande. Le chien vous amène alors vers la personne qui vous sollicite que ce soit votre enfant qui a besoin de vous, un collègue de travail ou votre patron.

Devenir propriétaire d’un chien-guide pour Sourds n’est en rien quelque chose de simple. Il faut répondre à plusieurs critères et entre autre à un long questionnaire afin de s’assurer que le chien sera entre bonnes mains, qu’il ne sera pas maltraité ou laissé après un an. Dailleurs, pendant les trois premières années, quelqu’un vient chez vous pour vérifier si le chien est bien nourri, logé, soigné et si vous respectez l’entente que vous avez signée. Savez-vous que vous faites même l’objet d’un test médical? Votre médecin doit envoyer une preuve de votre état de santé. Eh!oui!! En fait, on vous mentionne bien que, faire une demande de chien-guide, c’est pour la vie. On ne se débarrasse pas d’un chien comme d’un objet dont on n’a plus envie! Il fait partie intégrante de votre vie et vous avez des devoirs envers lui.

Un chien-guide c’est un chien au travail. Vêtu de son uniforme, il doit faire les tâches pour lesquelles il a été formé. Il ne faut donc pas le cajoler, jouer avec lui durant ses fonctions. De plus, tout comme un humain, il peut oublier certaines tâches qu’il n’exécute pas souvent. Ainsi s’il doit vous aviser lorsque l’alarme de l’incendie sonne et que le chien n’a pas entendu ce bruit depuis un an, il y a de fortes chances qu’il ne vous réveille pas! C’est alors le rôle du propriétaire de rappeler au chien les tâches moins courantes en le faisant pratiquer sans quoi, il ne saura pas répondre à un signal qui n’est que trop rarement entendu. Tout comme l’humain, le chien oublie. (www.dogguides.com)


Benoît Landry
Technicien en informatique – Centre de communication adaptée
Agent de télécommunication – Bell Mobilité
Tél. : (514) 284 2214 poste 3132
ATS : (514) 284 3747 poste 3432
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