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DECLARATION DES ONG DE DAKAR

TRAVAIL SOCIAL ET PRISE EN CHARGE DE LA SURDITÉ

 

 

Par : Monsieur Moustapha MBODJ

M.A.E.S – Diplômes des Hautes Études en Pratiques Sociales / Directeur de l'ENTSS

La prise en charge de la surdité, perçue comme un problème social infére la mise en exerguedans deux facteurs essentiels que sont la nature de la surdité et la priorisation du paradigme interactionniste en tant que corpus théorique définissant les relations entre les sourds et leur environnement. 

Il ne nous intéresse pas ici de procéder à une définition opérationnelle du concept de surdité, car pour le travailleur social que nous sommes, la surdité renvoie à une difficulté qu’il faut résoudre ou à une situation instable qui exige une décision.  Elle renvoie donc en travail social à une notion de carence en relation aux normes sociale couramment admises.

La surdité constitue en conséquence un problème pour autant que l’on considère qu’il s’est opéré une rupture entre un état et une attente.

Sur le plan du travail social, défini comme un processus d’autonomisation des personnes, groupes et collectivités, un problème est structuré par les trois éléments que sont la rupture, le défi et l’inadéquation. Une situation de rupture lance effectivement un défi et les moyens ne permettent pas de la résoudre, elle devient problématique.

Il reste maintenant à vérifier si la surdité constitue un problème social pour l’État sénégalais. Mais l’intervention du travailleur social se situe nécessairement à l’intérieur d’un cadrage macro-social défini par les autorités, qui définit le mode de prise en charge des problèmes sociaux, lesquels nous retiendrons particulièrement la surdité. 

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I – LE CONTEXTE DE PRISE EN CHARGE DE LA SURDITE

La prise en charge des problèmes sociaux se fait au Sénégal dans une perspective résiduelle en matière de politique sociale. En d’autres termes, il n’existe pas à priori une politique volontariste, bien identifiée par l’État sénégalais en matière de prise en charge de la surdité.            

L’approche résiduelle implique bien sûr une participation de l’État aussi moins soit – elle, à l’instar du Centre Verbo Tonal de Dakar, mais l’essentiel de la couverture de ce problème social est pris en compte par le secteur privé, les œuvres sociales laïques ou confessionnelles et les associations.

Il se trouve que les mécanismes de prise en charge de la surdité doivent prendre en compte autant les dimensions préventives et curatives que la dimension réinsertion sociale.

C'est l'absence d'une prise en charge nationale de cette catégorie de personnes due probablement à la méconnaissance du phénomène de la surdité qui fait des sourds des citoyens de second zone, parce que marginalisés

La définition en termes de prise en charge de la surdité découle également de la mise en exergue, de l'étiologie positiviste. Cette approche veut que le sourd soit responsable de sa surdité. Autrement dit et toujours dans le principe, c'est le sourd et sa famille qui doivent essentiellement assurer ce handicap.

Une politique de prise en charge exhaustive de la surdité ne peut faire l'économie d'une approche dite de la réaction sociale, laquelle postule que la société, autrement dit l'État est responsable des handicaps qui touchent les citoyens.

La mise au claire des deux paradigmes permet de situer les responsabilités de chaque acteur et d'inclure un programme de prise en charge des sourds dans le cadre de la politique nationale d'action sociale.

Il devient aisé dès lors de définir les tâches et les rôles du travailleur social dans la prise en charge des sourds, suivant que l'on se trouve dans une perspective étiologique positiviste ou dans une perspective de la réaction sociale.

Je voudrai maintenant aborder le problème de la surdité en termes d'intervention du travailleur social.  

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II - LE TRAVAIL SOCIAL ET LA PROBLEMATIQUE DE LA SURDITE 

L'intervention sociale est caractérisée par le fait qu'elle privilégie la prise en considération prioritaire des aspects positifs et dynamiques d'une situation- problématique, mais également la place et le pouvoir de la personne quant à sa capacité à résoudre elle- même son problème. Le travailleur social joue dans ce cas un rôle d'auxiliaire, contrairement à ce que pensent généralement les populations ou même l'État dans bien des cas.

La surdité pour ce qui la concerne procède d'une rupture communicationnelle partielle ou totale entre une personne et son environnement.

A partir de cette définition, on peut retenir d'ors et déjà que, face à la surdité, c'est soit le sourd qui est handicapé, soit la société.

Mais si nous retenons que la communication  est la transmission de l'information d'une personne à une autre ou le mécanisme par le quel des intrants d'ordre social sont introduits dans des systèmes sociaux  ou constitue le moyen par lequel on peut effectuer des changements ou atteindre des buts communs, les sourds non pris en charge sont boutés hors de la dynamique sociale. Les moyens de communication modernes, les relations interpersonnelles et la dynamique intime des petits groupes ne peuvent être accessibles au sourd que pour autant que ce dernier et son environnement apprennent les moyens de communiquer.

Ces moyens se situent essentiellement au niveau des techniques méta communicationnelles, donc non verbales.

Dans le contexte de la politique sociale actuelle au Sénégal, l'on forme et prépare l'enfant ou l'adulte à communiquer et non ses parents ou le maître d'école.

A ce propos l'approche intégrée, qui  a prévalu jusqu'ici en matière de réadaptation des sourds, implique et la formation des sourds en matière de langage des signes, autant celle des cibles intermédiaires, pour une véritable égalisation des chances. A défaut les sourds naissent, grandissent et meurent marginalisés.

L'intervention du travailleur social  se situe avant tout au niveau du dépistage précoce, dans le cadre d'une prévention systématique qui permettait de récupérer les restes auditifs au niveau du Centre Verbo -Tonal doté de moyen. Tout cela signifie qu'à défaut de construire d'autres  structures similaires, que ce centre national soit doté de véhicules équipés et qui permettrait de couvrir tout le territoire national.

La prise en charge des sourds implique également celle de son environnement immédiat et fonctionnel. Il ne devrait pas exister au Sénégal  de maîtres d'écoles qui ne maîtrisent pas le langage des signes. Pour ce qui concerne les proches parents, ils devraient être formés systématiquement et à titre gracieux, il en de même des professeurs et à tous les niveaux.

La réinsertion sociale commence pour certaines catégories de sourds par la réhabilitation fonctionnelle. Mais celle- ci ne peut faire l'économie d'une défiscalisation car la société devrait prendre ce volet en charge.

  Il appartient ensuite aux travailleurs sociaux, sur la base des aspects positifs et dynamiques, aussi minimes soient-ils  d'aider la personne à se ré encastrer socialement.

Cette réinsertion se fera au niveau de la première structure de participation intermédiaire, à la réinsertion sociale au niveau de la collectivité, en passant par la réadaptation socioprofessionnelle.

S'il fallait conclure, la prise en charge de la surdité ne peut être l'affaire des seuls travailleurs sociaux. Elle débute véritablement par une réelle volonté politique de l'État, quant à la définition d'un cadre macro-social qui assure une réelle place à la réinsertion des sourds.

Mais compte tenu des difficultés actuelles des États africains, il conviendrait de privilégier des approches intégratives en matière de réadaptation dont la réhabilitation à base   communautaire.

 Il est vrai que si la communauté locale fait de la surdité sa cause, les travailleurs sociaux n'auraient aucun problème pour contribuer à sa diminution et pourquoi pas à son éradication définitive avec l'aide des autres spécialistes que sont les médecins entre autres.